Faire le vin le plus sain possible, au prix le plus bas : telle semble être la devise de Louis Julian, vigneron installé dans le village de Ribaute-les-Tavernes, qui n’a pas attendu les années 2000 pour se lancer dans le vin nature.  

De la route qui traverse le village gardois, le portail donne directement sur une grande cour dans son jus. À l’étage, sur la terrasse, madame s’active à quelques tâches de ménage. « Louis est à la cave ! Allez-y ! » Son mari, Louis donc, prépare une grosse commande pour le Japon, 14 000 bouteilles sont sur le point de partir. Sans faire trop de bruit, loin des réseaux sociaux et autres outils de communication, le domaine Julian poursuit son petit bonhomme de chemin. Une histoire de treize générations au compteur qui ne semble pas prête de s’arrêter. Louis a deux fils, Thibaut et Simon, qui prennent la relève.

« Je n’ai pas les besoins d’une vie consumériste. Cela aide à vendre mon vin à un prix que je trouve normal. »

Les Julian sont avant tout paysans, agriculteurs. Ils vivent du travail de leur terre. Le vin est un produit de base, et à ce titre, il doit être à la fois sain et accessible. « Je ne vois pas pourquoi je ferais un vin que quelques catégories de gens pourraient acheter », dit simplement le patriarche, tout en s’activant dans le caveau. « Si tu réserves le bio à une élite, ça sert à quoi ? » Cette approche, lui en a fait un choix de vie, une certaine philosophie guidée aussi par une dose de spiritualité et une culture chrétienne. « Je n’ai pas les besoins d’une vie consumériste. Cela aide à vendre mon vin à un prix que je trouve normal. » Comprenez moins de 10 euros la bouteille.

Louis Julien avec une bouteille rescapée des inondations de 1988.

Dans la ferme de Ribaute-les-Tavernes, Louis, secondé par ses fils, s’évertue à produire un vin nature, un vin de table, un vin de tous les jours. Une démarche militante, loin des modes et tendances du moment, que Louis Julian assume parfaitement. Il parle presque avec nostalgie de cette époque où tout était à construire, où, avec plusieurs collègues, il participa à l’élaboration de la première biocoop à Alès (Soleil & Levain), à la fondation de Millésime Bio (dont il s’est écarté depuis), ou encore lorsqu’il s’engagea dans les rangs de l’association Nature et Progrès dès 1979. La première à s’être penchée sur le phénomène dit du vin nature. « Plus simplement, il s’agissait de passer au sans sulfite » résume le vigneron. « Les sulfites, j’en ai manipulés. Un jour, un ami m’a fait lire sa thèse sur les polluants. Ça m’a pas mal fait réfléchir. Je suis le premier à boire mon vin, je ne vais pas m’esquinter la santé. » Et plutôt que d’en faire de longs discours, il écrit sa démarche sur les contre-étiquettes des bouteilles : « Vin issu de vignes cultivées sans produits de chimie organique de synthèse (désherbants, engrais, pesticides), vinifié et gardé sans collage, filtration, ni conservateurs (SO2, etc …). Un dépot et un pétillement sont normaux. Ouvrir à l’avance ou verser dans une carafe. NE CONTIENT PAS DE SULFITES. » Le consommateur est prévenu. 

En 2021, une cuvée en AOC Duché d’Uzès. Une première !

En 1987 donc, Louis y va. Il se lance. Il se passe des sulfites. Petite révolution silencieuse à l’époque. Ce n’était pas la première fois qu’il s’engageait dans une démarche singulière : « J’ai été le premier à vendre mon vin en vrac aux halles de Nîmes ! » Une affaire qui a quand même duré 18 ans. Depuis toujours, Louis, qu’on devine défenseur de la décroissance, prône une démarche la moins agressive possible pour l’environnement et cela passe par marketing a minima : ses bibs sont rechargeables, ses bouteilles sont d’un litre et plutôt à l’ancienne…

Lui et ses fils cultivent sur 22 hectares une quarantaine de cépages rouges, et une dizaine pour les blancs, avec des hybrides, car les Julian aiment rechercher, innover, assembler comme bon leur semble. « Nous sommes toujours en recherche pour s’améliorer, pour avancer », affirme le Gardois qui, pour la première fois, va quand même se lancer dans une cuvée en AOC Duché d’Uzès (syrah Grenache) dont les premières bouteilles seront disponibles d’ici l’été. Simon, l’un des deux fils, arrive avec sa bonne humeur juste au moment où Louis dévoile l’étiquette de cette cuvée inédite qui rendra hommage à leur aïeul, Célestin, premier vigneron de la famille.

L’étiquette de la nouvelle cuvée, la seule qui ne sera pas en vin de table.

Aux pieds des monts cévenols, les vignes bénéficient de cinquante années cultivées en bio, avec des sols devenus très riches (humus) au fil du temps, et peu attaqués, car nos vignerons du jour n’aiment pas les machines. Et privilégient la force de leurs bras. 

Au final, les vins Julian sont plutôt frais et légers, d’une grande buvabilité, gouleyants le plus souvent. On les sort pour un pique-nique, pour un ami de passage qui n’était pas attendu, pour se faire plaisir. 

Père et fils sont sur le même tempo : du bon sens sinon rien, et le moins de mécanique possible. Chacun cultive son propre jardin : Simon se concentre sur le maraîchage, Thibaut sur l’élevage de volailles. Ils vendent leurs productions bios dans leur petite boutique, sur place. Pas besoin d’aller sur les marchés pour ce trio familial qui cultive un art de vivre raisonnable plutôt inspirant.

Agathe Beaudouin


Domaine Julian, 30 allée des Tilleuls
Ribaute-les-Tavernes (entre Nîmes et Alès).
Téléphone : 04 66 83 06 54.

Où le trouver :
À Nîmes : L’Épicerie, Gard’n vrac et au restaurant Le Caboulot de la Sérendipité (actuellement fermé). Et en se rendant sur place !