Il a acheté ses premières vignes en 2009 et les a vinifiées presque dix ans plus tard. Entre temps, Guillaume Montfort a appris un métier, engrangé de l’expérience, et surtout il s’est construit un projet. La tête sur les épaules, le petit poucet de l’appellation costières-de-Nîmes n’emprunte pas les chemins conventionnels mais poursuit sa route avec indépendance et maintient son cap avec persévérance. Sa toute nouvelle cuvée sans sulfite sort ces prochaines semaines. Rencontre.

Il l’avoue aujourd’hui en souriant. Son premier salaire, il l’a déposé sur un compte épargne logement. Idem pour les suivants. À cette époque, il y a une dizaine d’années, Guillaume Montfort, jeune étudiant, à peine 20 ans, se forme au lycée agricole de Rodilhan en alternance, et a déjà une idée précise en tête : « Je ne viens pas d’une famille vigneronne, je n’ai pas hérité d’un château. Je savais qu’il faudrait que j’achète des terres pour aller au bout de mon objectif. » Ses paies d’apprentis lui permettent d’acheter un hectare, puis deux, du côté de Saint-Gilles et de Générac, prémices de son futur domaine. Il acquiert aussi quelques vergers, une façon de s’assurer une sécurité financière.

« C’était le bon moment. Mais c’est vrai qu’on a toujours le sentiment de ne pas être assez préparé. »

En parallèle, le jeune vigneron accumule de l’expérience en travaillant dans différents grands domaines du coin. Il cultive les vignes, apprend le travail en cave, approfondit ses savoirs et son savoir-faire, développe des préférences, murit ses idées, avance au gré de ses convictions. Puis fait le grand saut en créant son propre domaine. Il avoisine la trentaine. Encore jeune mais prêt à se lancer dans l’aventure. « C’était le bon moment. Mais c’est vrai qu’on a toujours le sentiment de ne pas être assez préparé. » Pour l’accompagner, un ami d’enfance, Jérémy Griot, le seconde, et assure notamment la partie commerciale.

Guillaume Montfort, à g, et Jérémy Griot, en pleine dégustation. Ph. G.L.

Comme du caviar
Ici, les hectares se comptent sur les doigts d’une main. Il en vinifie actuellement 1,8. À la barre de son domaine, le Gardois entame une conversion en bio des vignes qu’il a achetées, et se rapproche d’une démarche biodynamique. Lui aussi, comme beaucoup, accueille des brebis sur ses parcelles (un troupeau venu de Gap), et ses poules sont régulièrement de passage. Des ruches sont posées là, juste à côté, et se nourrissent des fleurs qui poussent entre les pieds de vignes. Pour le moment, Guillaume Montfort ne cultive que des cépages rouges, et produit un rosé et trois rouges. Les blancs ne tarderont pas. En cave, il se fait artisan, en privilégiant le travail manuel du début à la fin. « La première année, on a tout fait à la main. J’égrappe et ne garde que les billes, comme un caviar ! »

Très peu interventionniste, Guillaume Montfort veut laisser le raisin s’exprimer. Il dit travailler « par infusion », notamment lorsqu’il évoque sa cuvée phare, Naïs, cela permet « un enrobage ». La toute dernière venue se nomme La nature se suffit… 2020, et est produite sans aucun intrant chimique. Vin nature dans l’âme, disponible dans les prochaines semaines, cette nouvelle cuvée élaborée à partir des syrahs de Générac (apportant une belle fraicheur) se veut le reflet d’un état d’esprit. « Un vin d’amis, un vin d’été, d’une grande buvabilité, sur le fruit. »

À Saint-Gilles, Guillaume Montfort écrit son histoire. Avec la discrétion et l’envie des outsiders. La pandémie n’a pas fait ses affaires, mais il avance la tête hors de l’eau, opte pour des prix à la bouteille hypers raisonnables, bien décidé à faire connaitre son jeune domaine et ses vins, dont Confidentiel, 3000 bouteilles seulement, la cuvée vinifiée par cépages séparés et passée en barrique. Élégante et solaire révélation d’un vigneron en devenir.

Agathe Beaudouin.
Photos Gilles Lefrancq.

Les vignes de mourvèdre du domaine Guillaume Montfort. Ph G.L.

Où trouver les vins du domaine Guillaume Montfort ?

  1. À Nîmes : Cave du quarante et un, Les reboussiers.
  2. Dans l’uzège : Le caveau de la mère Minard à Saint-Quentin-la-Poterie, Le marchand de vins à Uzès
  3. À Vauvert : La cave conviviale
  4. À Beaucaire : Caves et domaines.
  5. À Saze : Le petit caviste.
  6. Codognan : 429 idées.

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