Il se déguste comme un vin dont on aimerait que la bouteille jamais ne soit vide… Avec “Vigneronne”, Laure Gasparotto, journaliste de métier, raconte les années où elle est devenue vigneronne, sans abandonner son premier métier. Pour celle qui jusqu’à présent écrivait sur les vins pour raconter des histoires d’hommes et de femmes passionnés autant que de cuvées (les lecteurs du Monde reconnaîtront sa plume), un nouveau quotidien débute lorsqu’acquiert des vignes dans l’Hérault. Elle devient celle qui produit, ou en tout cas qui veut produire.

Un pied dans le Saint-Germain-des-Prés de la capitale en stiletto, l’autre à Saint-Saturnin en botte de caoutchouc, sur les terrasses du Larzac, la néo-vigneronne se lance à 200% pour mener à bien sa double activité. Trouver le bon équilibre, et pas que financier, entre son travail de journaliste et ses labeurs dans les vignes. Puiser dans ses ressources physiques pour réaliser les tâches manuelles, conserver la motivation intacte face aux montagnes de contraintes administratives, s’affirmer dans un milieu majoritairement masculin et puis, encore et encore, trouver l’energie pour l’étape de la commercialisation… Porter 10 000 casquettes en une, elle ne s’y attendait pas ! Les décors sont décrits avec justesse : les parcelles de vignes, la cave, les cuves en inox, les pompes qui tombent en panne. Le quotidien est rude, fatiguant, répétitif. « Il vampirise ».

Au fil des pages apparaissent des personnages clés, tel un certain Philippe Cornier, que les Nîmois reconnaîtront, véritable bouée de secours. Le troubadour semble posséder un art de vivre à la bonne franquette et un coup de fourchette qui nous séduit. On y croise certaines figures du milieu viticole régional (Olivier Jullien, La Grange des pères, Éric Ajorque…). Laure Gasparotto se dévoile, raconte les hauts et les bas, les instants de solitude et les repas joyeux, la solidarité entre vignerons, le grand écart entre Paris et le milieu rural. Pour tout amateur de vin, cet ouvrage est une visite à 180 degrés d’un domaine et ouvre les portes des coulisses, révélant les multiples exigences d’une profession, et très souvent d’une vie.

Agathe Beaudouin