Attention ! On n’imagine pas l’effet que peut avoir de manger une cerise. Une bonne cerise. Pour Aline Champsaur, il y a clairement un avant et un après. De ce jour, où chez des amis en Ardèche, elle a gouté « cette cerise », elle n’a plus jamais regardé la drupe de la même façon ! Et elle a même décidé d’en faire un livre. Sur le délicieux fruit à noyau qui annonce l’été ? Non, pas franchement, mais sur tous ceux et toutes celles qui produisent, pourrait-on dire, de manière alternative. Ceux et celles qui choisissent un autre chemin que l’agriculture de masse ou conventionnelle, et qui optent pour un mode de distribution plus direct, qui privilégient une éthique du bien produire et bien manger. Ceux et celles qui entament « une petite révolution joyeuse », titre de l’ouvrage d’Aline Champsaur, édité par le précieux atelier Baie, à Nîmes, et dont on a eu envie de vous parler parce qu’il défend ce que Tu Veux Tu? entend justement valoriser. 

Dans son livre, Aline Champsaur raconte cinq courtes histoires comme autant de parcours atypiques, cinq exemples créatifs ponctués de succès mais aussi d’échecs, de difficultés. Des portes des Cévennes jusqu’en Sicile en passant par les Hautes Alpes, ces récits de vie racontent une agriculture d’aujourd’hui, qui fut aussi celle d’hier. « Leurs expériences sont singulières mais tous participent, au même moment, à quelque chose de créatif. Ils font un pas de côté, ils galèrent, ils expérimentent, ils déploient une énergie folle, ils font preuve d’un engagement militant et intellectuel, confie l’auteur. On a le sentiment que tout cela commence à rentrer dans un schéma, qu’il y a de plus en plus de gens attirés par le circuit-court et le confinement a sans doute joué un rôle, mais n’empêche, cela reste très dur et rien n’est facile. »

Patrice, le producteur de Lussas qui laisse ses produits en vente devant la porte de sa grange, Nicolas, le géographe devenu maraicher à Saint-Jean-de-Buèges, ou encore Wilfrid, dans son fournil de Malataverne… Mais aussi la fabuleuse histoire Galline Felici (poules heureuses) en Sicile et la succes story des groupements d’achats du côté d’Embruns : à n’en pas douter, ces nouveaux paysans ont un petit quelque chose de romantique, mais par ses mots et par ses aquarelles présentes tout au long du livre, Aline Champsaur va bien au-delà de cette première apparence, toujours séduisante pour le consommateur, pour confier la réalité d’un quotidien pas toujours facile à porter. Comment en sont-ils arrivés à ces choix-là ? Quelles convictions les animent ? Quelles sont leurs relations à la terre et aux autres ? Tout cela est évoqué au fil des cent pages, avec une plume sensible. Des embûches et des péripéties, des anecdotes et des retournements de situations ponctuent tous ces parcours, et révèlent aux lecteurs les coulisses de cet univers paysan avec beaucoup d’empathie et d’humanité. Mais au final, un seul sentiment émerge de cette démarche engagée et militante. « À petite échelle, tout cela fonctionne, et ça déclenche quelque chose de réjouissant », observe Aline Champsaur. Une petite révolution joyeuse en somme ! 

La Petite Révolution Joyeuse, d’Aline Champsaur.
Atelier Baie.
11, 50 euros.

Illustration Christophe Blanc, à partir de la couverture du livre La Petite Révolution Joyeuse.